Une place – Un hiver à Maison Emmanuel


Une place – Un hiver à Maison Emmanuel

 

Comment réaliser ce sujet sur une communauté qui encadre des personnes dites « autistes » ? Comment parler de ce lieu qui donne espoir, où tous cherchent l’épanouissement et le respect de l’autre comme seule solution acceptable ?

Dans un premier temps, j’ai voulu tout prendre, chercher à inventorier les ingrédients pour pouvoir partager à mon retour les fruits de cette découverte … et puis je me suis rendu compte que les messages essentiels et évidents tenaient dans quelques séquences, quelques histoires photographiées. Ces solutions choisies par la communauté, qui permettent l’épanouissement des individus, handicapés ou non, semblent émaner du simple bon sens. J’espère que ces photographies montrent que les recettes simples sont parfois les meilleures, et que les problèmes sont souvent moins insolubles qu’ils ne le paraissent.

Une Place – Val-David, Québec 2007

En 2007, lors d’un voyage au Québec, je découvre « Maison Emmanuel », située à 100 km au nord de Montréal, au cœur d’un paysage de lacs et de forêts. Y vivent des adolescents et des adultes ayant de lourds handicaps mentaux et/ou physiques, encadrés par des personnes, seules ou en famille, qui ont souhaité intégrer la communauté pour une période donnée. Les « villageois », nom donné aux personnes nécessitant accompagnement et soins particuliers, sont les résidents permanents de Maison Emmanuel. Beaucoup de nationalités s’y côtoient, leurs langues parlées à la communauté étant principalement l’anglais et le français.

 Après avoir longtemps échangé avec les encadrants de ce lieu qui offre une place à ceux qui n’en n’ont pas, je décide d’aller à sa découverte en 2007. Suite à plusieurs passages à la communauté, je fais le choix de m’y installer pour réaliser un reportage de novembre à décembre, tout en participant aux activités de la communauté. C’est au cours de l’été 2010 que j’y retourne en vue d’enrichir le projet et de réaliser un travail de co-écriture avec Rose-Anne Ramakers, alors membre active de la communauté .

Saisi dès les premiers instants par cette communauté singulière, j’ai souhaité donner à voir, à travers ce travail photographique, une alternative aux soins médicaux et institutionnels habituellement usités pour ce type de pathologies. En créant un équilibre de vie et un milieu pour s’épanouir, Maison Emmanuel permet à nombre de personnes handicapées de connaître une stabilité et un développement personnel étonnants.

L’environnement qu’offre la communauté résulte alors d’une recette méticuleuse. Une organisation temporelle appliquée à tous, par le séquencement régulier des journées et des saisons, apporte un cadre stable et sécurisant. Les ateliers (boulangerie, poterie, tissage, cuisine, travaux de la ferme, etc.) permettent de canaliser l’énergie et les frustrations tout en favorisant la réalisation de soi, par l’accomplissement de travaux adaptés aux capacités de chacun et nécessaires au fonctionnement de la communauté.

Cette approche permet ainsi de s’affranchir de la télévision comme occupation majeure et petit à petit de toute médication chimique. Misant plutôt sur un potentiel humain, la communauté de Maison Emmanuel compte 15 à 20 encadrants sur un total d’environ 45 personnes.

Malgré les résultats de Maison Emmanuel, sa pérennité reste fragile. Les financements reposent sur des dons privés. L’encadrement des coworkers implique d’être totale puisqu’ils vivent au quotidien avec les résidents. Leur rémunération étant mince, les volontaires sont rares.